Meurtre d'une TJ par son mari en Nouvelle-Calédonie

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Meurtre d'une TJ par son mari en Nouvelle-Calédonie

Messagepar Conspirator » Mer Mar 28, 2007 7:45 am

Assises : quinze ans de prison pour le meurtre de son épouse

Il la frappait, elle voulait le quitter après s’être convertie aux Témoins de Jéhovah. Un coup de fusil et cinq ou six coups de sabre ont valu quinze ans de réclusion criminelle à Michel Mereatu.

Si Julia Aramoto, épouse Mereatu, n’avait pas embrassé la religion des Témoins de Jéhovah, son meurtre, commis le 16 octobre 2005 à la tribu de Tchamba à Ponérihouen, aurait été rajouté à la longue liste des violences dont sont victimes les femmes de Brousse. Et le procès d’assises de son mari n’aurait été qu’une page de plus dans la chronique des femmes martyrisées dans ce pays.
Pourtant, c’est bien l’appartenance de la victime à cette religion considérée comme très contraignante, voire sectaire, qui a occupé une bonne partie des débats hier aux assises à Nouméa.
Avec trente ans de vie commune et sept enfants, Michel et Julia étaient ce qu’on appelle un vieux couple. Mais depuis qu’elle était entrée chez les Témoins de Jéhovah, et que Michel avait finalement refusé de la suivre, rien n’allait plus entre eux. Pire, Julia avait fini par s’installer chez le frère de son mari, pasteur de la congrégation. Insulte suprême pour Michel : quand une femme quitte son mari, au moins doit-elle retourner dans sa famille d’origine. Ainsi le veut la coutume.
« C’est moi qui ai déclenché la dispute », a d’ailleurs reconnu l’accusé dans son box. Sauf que voilà. Cet homme fruste et décrit comme débile léger par les psychiatres, ne risquait pas d’avoir le dernier mot avec une femme de caractère, dotée d’un solide physique et d’une intelligence affûtée.

« Dépressif et coléreux »

C’est ainsi qu’au retour du champ, une énième dispute a éclaté entre eux. A court de mots, au comble de la frustration, cet homme, ancien tireur d’élite chez les commandos, a pris sa carabine et ouvert le feu. Une cartouche de 16 qui a arraché la main et une partie de la joue de Julia. Elle n’était que trois mètres devant lui sur le chemin. Puis il a laissé tomber son fusil, empoigné son sabre bien aiguisé, frappé à quatre reprises le dos de sa victime du tranchant de la lame. Quand la malheureuse s’est retournée pour lui faire face, il a frappé cette fois d’estoc, c’est-à-dire avec la pointe du sabre, transperçant le foie, l’estomac et l’œsophage de sa victime. Julia est morte le lendemain matin à l’hôpital.
« Mon père était dépressif et coléreux », est venue expliquer Christine, une des filles du couple, elle aussi témoin de Jéhovah. Elle refuse de faire un lien direct entre cette religion et le drame. Mais reconnaît tout de même que sa mère était « devenue plus intransigeante. Il buvait. Il était donc dans le péché, et on ne doit pas avoir de relations sexuelles avec un mari en état de péché ».
Pour son frère Johnny qui lui, n’est pas témoin de Jéhovah, pas de doute : « Toutes leurs disputes, c’était à cause de la religion. Le pasteur montait la tête de ma mère. » Bref, Johnny en veut à son père, mais lui reconnaît des excuses.
Michel, lui, s’est trouvé une échappatoire plutôt commode, au rayon spiritualité. « Quand j’ai frappé ma femme, c’est comme si un esprit s’est emparé de moi et m’a mis hors de moi. Je voulais pas la tuer, je l’aimais. »
Il ne voulait pas la tuer, mais le bel acharnement qu’il a mis à le faire a convaincu les jurés de lui infliger quinze des vingt années de réclusion réclamées par l’avocat général.

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Face aux jurés

• Hervé Ansquer, accusation : « Il l’a tuée parce qu’elle ne voulait plus plier »
« Dans ce dossier, on a vu des témoins reprocher deux choses à la victime : le fait que Julia se soit engagée chez les Témoins de Jéhovah, et sa volonté de quitter son mari. Mais il n’y a là aucune faute. On peut penser ce qu’on veut des Témoins de Jéhovah, qualifiés de secte par certaine commission, mais ils prônent la sobriété, la fidélité conjugale et assurent le contrôle social étroit de leurs membres. Leur succès en tribu vient aussi de l’écoute attentive et de l’aide qu’ils portent aux femmes battues.
« Et c’est exactement ce qu’était Julia. Une femme battue qui a trouvé refuge et protection dans une religion. Quand Michel Mereatu a compris que son épouse allait lui échapper, qu’elle ne se plierait plus à sa volonté, il l’a tuée. Je requiers vingt années de réclusion criminelle à son encontre. »

• Jean-Jacques Deswarte, défense : « Religion en rupture avec les tribus »
« Vingt ans, c’est la peine pour un tueur à gage, ou un meurtre commis de sang-froid. Michel Mereatu, lui, a réagi avec sa culture, son peu d’intelligence, à une situation totalement contraire à sa culture.
« Michel et Julia ont été époux pendant trente ans. Ils ont élevé sept enfants qui ont bien réussi. A Tchamba, on les appelait les inséparables. Ils formaient un couple uni jusqu’au jour ou Julia est entrée chez les Témoins de Jéhovah. Or les règles de vie des Témoins de Jéhovah sont en rupture avec la coutume kanak. L’esprit de la communauté religieuse est incompatible avec l’esprit tribal. Michel a essayé de suivre Julia, puis il a renoncé. Et elle a voulu emmener les enfants dans cet engagement.
« A partir de là, le couple s’est séparé. Mais Michel et Julia se retrouvaient au champ. Jusqu’au jour où l’accumulation des frustrations l’a fait exploser. Michel Mereatu a commis l’irréparable. Il doit être condamné pour ça. Mais pour ce qu’il est, dans le contexte de sa tribu. Pas comme un tueur de sang-froid. »

http://www.info.lnc.nc/caledonie/20070328.LNC5503.html

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